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320 pages env., une vingtaine d’illustrations
13,5 x 20,5 cm
ISBN 978-2-35873-214-7
32 €
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Écrits
Historien de l’art et commissaire d’exposition, Florian Rodari, qui débuta très tôt sa carrière au Cabinet des estampes de Genève, avait réuni aux éditions Gallimard, il y a bientôt dix ans, une partie de ses essais sur l’art, mais en limitant son choix à ceux qui traitent du domaine de sa compétence première, c’est à dire au dessin, à la gravure et à la photographie, et donc au domaine du noir et blanc. Albane Prouvost, qui signe l’avant-propos de ce nouveau livre, l’a incité à réunir une grande part de ses autres écrits, d’origine et de dates très diverses. Ainsi, de Balthus à André Volkonski, l’univers déchiffré s’élargit-il aux violences somptueuses des couleurs de Bram van Velde, à « l’irruption de l’inconnu » dans la voix d’Angelika Kirchschlager, à « l’onde de choc » que provoque chez lui la poésie de Jacques Dupin. Et donc à la peinture, à la musique, à la littérature et, au-delà-même des œuvres, aux êtres et aux lieux qui ont été des rencontres capitales ; à tous ces foyers lumineux qui, au cours d’une vie, sont venus nous faire signe, « nous avertir de la présence encore voilée d’une vérité essentielle que pour rien au monde il ne faudrait laisser échapper. »
Comme le note la préfacière, « les textes réunis dans ce livre n’obéissent pas à un projet mais à une logique intérieure très ferme, à un feu intérieur qui dessine en creux une vision exigeante de l’art, de la poésie autant qu’un portrait de l’auteur en jeune homme ardent. » Et n’est-ce pas, en effet, comme elle le laisse entendre, marcher sur la tête que de vouloir encore, l’âge venu, rester dans cet état d’émerveillement que l’on a éprouvé, enfant, en voyant pour la première fois s’ouvrir le rideau rouge du théâtre guignol, et de s’obstiner, avec le même enthousiasme juvénile, avec la même attention exigeante, à en déchiffrer fidèlement, avec les mots les plus justes, le mystère ?
Traduction du japonais, présentation et notes de Michel Vieillard-Baron
240 pages I 13,5 x 20,5 cm
ISBN 978-2-35873-217-8
24 €
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L’autrice
Ukyô no Daibu est née, vers 1152, sans doute à Kyoto, d’un père calligraphe reconnu et d’une mère issue d’une famille de musiciens. Son frère aîné étant lui-même devenu calligraphe auprès de l’homme le plus puissant de l’État, c’est sans doute celui-ci qui devint le protecteur de la jeune fille et l’introduisit au palais. Elle devint dame d’honneur et, en 1173 entra au service de l’impératrice Kenreimon-in. Calligraphe elle aussi, dès l’âge de 13 ans, elle avait participé et contribué à des réunions poétiques, ou à des concours de poèmes qui lui valurent une certaine reconnaissance en tant que poète, et d’écrire même des waka au nom d’autres personnes qui la sollicitaient.
Pour des raisons inconnues, elle quitte la cour en 1178 et l’on sait peu de choses des vingt années qui suivent : sans doute passées chez sa mère ou ses frères. Au cours de cette période, le clan des Taira, (la famille, à laquelle appartenait l’impératrice Kenreimon-in) est en grande partie anéanti ; Taira no Sukemori, l’homme avec qui elle avait noué une relation passionnée et tumultueuse, se suicide (en 1185) ; quant à Kenreimon-in, elle survit mais entre en religion. En 1196, Ukyô no Daibu est rappelée à la cour, d’abord au service de l’empereur Gotoba, puis, pendant de longues années, auprès de la mère de Gotoba, l’impératrice retirée Shichijô-in. Ce sont sans doute les dames d’honneur de cette impératrice qui furent les premières lectrices des Mémoires poétiques. C’est en tout cas à la demande du compilateur d’une anthologie impériale qu’elle mit en forme, vers 1233, son recueil et choisit le pseudonyme qu’elle souhaitait y attacher. Elle avait alors près de 80 ans. Elle meurt en 1235.
L’œuvre
Les Mémoires poétiques telles que nous les lisons aujourd’hui sont la mise en forme, vers 1233, par Ukyô no Daibu elle-même, de ce qu’elle considérait comme le meilleur, le plus représentatif, le plus émouvant, de sa production poétique (on y compte 359 waka) et de ses mémoires. Ukyô no Daibu avait sans doute, à différentes époques de sa vie, compilé des recueils de ses poèmes, mais aussi écrit ses mémoires, trié sa correspondance. Ce sont ces différents documents qu’elle utilisa pour ce livre qui est donc à la frontière de deux genres qui, dans le Japon d’alors, permettent tous deux à un individu de s›exprimer sans fard : le recueil de poèmes (shû) et les mémoires ou notes datées (nikki). Une première partie du livre (jusqu’au poème 203) relate la splendeur de la cour qu’elle a connue dans sa jeunesse puis le grand amour de sa vie, sa relation à la fois heureuse et douloureuse, avec Taira no Sekumori. Ce sont ses souvenirs les plus anciens, évoqués à travers des poèmes qu’elle introduit par des notes puisées dans ses mémoires. Dans la deuxième partie du livre, les faits sont narrés plus chronologiquement et avec plus de précision. Elle y évoque la guerre civile et la fuite des Taira contraints de quitter la capitale en 1183 ; l’annonce de la mort des frères de Sukemori ; le dernier échange de lettres entre Ukyô no Daibu et Sukemori ; l’annonce de la mort de Sukemori (en 1185) ; la visite qu’Ukyô no Daibu fit à l’impératrice Kenreimon-in dans le temple où elle s’est retirée ; son pèlerinage à Hiyoshi ; la cérémonie religieuse pour l’anniversaire de la mort de sa mère et celle pour l’anniversaire de la mort de Sukemori. Les Mémoires deviennent alors un témoignage unique et bouleversant sur l’une des périodes les plus violentes et les plus sombres de l’histoire du Japon : la guerre civile qui opposa les guerriers Taira aux Minamoto et se solda par l’élimination presque complète, en 1185, des membres masculins de la famille Taira. Ukyô no Daibu y compose un magnifique requiem destiné à maintenir vivant le souvenir des personnes qu’elle a connues.
60 pages I 13,5 x 20,5 cm
ISBN 978-2-35873-218-5
16 €
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Le recueil de poèmes
Le recueil précédent de Jean-Claude Caër, Sur la voie abrupte, paru en 2023, pouvait déjà apparaître comme un tournant dans son œuvre. Le « poète du voyage et de la flânerie », l’ « observateur pérégrinant » que décrit son premier éditeur s’y trouvait, par les circonstances liées au confinement, privé de son genre favori, le kikô japonais, qui mêle récit de voyage et poèmes. Dans le présent livre, aux interdits du covid sont venus se substituer les empêchements de l’âge, la maladie, ou les fêlures du monde dont se plaignait déjà, au Ve siècle, le poète chinois Tao Yuanming cité en exergue. « On ne part pas », comme l’écrivait Rimbaud. Les poèmes sur lesquels s’ouvrent le recueil nous montrent le poète cloué chez lui, en Bretagne, par la canicule mais le dehors lui parvient néanmoins, avec force « des mirages apparaissent à l’horizon sur la mer, / des villes entières du côté de Brigognan » Tout le recueil, qui est une sorte de journal de bord du poète ne voyageant presque plus, mais auquel il suffit d’un peu d’attention (une feuille d’automne ramassée sur le chemin, une musique, le vol d’un oiseau, l’appel d’un ami) montrera qu’il n’est nul besoin de parcourir le monde pour que subsiste le goût d’un ailleurs :
J’ai rêvé d’aller marcher dans le Suffolk et le Norfolk.
Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir.
Qu’importe ma bibliothèque !
Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir
Pour affronter l’infini
Pour affronter l’éternel.
À la question de la fin du voyage, que le titre emprunte aux compagnons de
Magellan, la seule réponse semble bien être que non, tant qu’il vivra le poète est condamné à utiliser la seule arme qui lui reste, les fragiles édifices de mots qu’il oppose au néant. Et il ne peut donc que répéter :
Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir pour affronter le néant.
Les mots tourbillonnent
Jusqu’à ce que leurs sens explosent, qu’ils deviennent légers comme des astres dans le ciel.
Ils recréent l’équilibre de l’univers.