A paraître

Journées 1925-1944

Journées 1925-1944

Georges Séféris

Parution novembre 2021

En librairie le 19 novembre 2021

Le poète Georges Séféris naît en 1900 à Smyrne, dans une famille grecque qui en sera chassée par les Turcs lors de la « grande catastrophe » de 1922 qui marque la fin de l’Hellénisme d’Asie mineure. Dès lors, toute sa vie et dans les pages de ces Journées qu’il consigne à partir de 1925, Séféris tentera de répondre aux contradictions inhérentes à ce qu’est devenue la Grèce : un petit pays dont l’indépendance et l’intégrité territoriale sont sans cesse menacées, mais un pays avec une immense tradition. Comment, en poète qui a choisi d’écrire en grec, redonner une vie littéraire à la langue populaire de son pays, afin de renouer avec la vérité de l’Hellénisme, « caractérisé par l’amour de l’humain et de la justice » ? Comment, alors qu’on gagne sa vie comme fonctionnaire auprès des gouvernements successifs dans une période particulièrement troublée, affronter « l’épreuve inévitable » et ne pas céder au découragement quand on constate chaque jour que les hommes au pouvoir ne sauraient être à la hauteur de cet idéal ? Tout au long de ces pages, nous voyons Séféris vivre l’odyssée d’un perpétuel exilé : en Albanie où il est nommé avant-guerre puis — alors que la Grèce est vaincue, occupée, résistante, en proie à la guerre civile — en Crète, au Caire, en Afrique du Sud, à Jérusalem, à Londres, en Italie. Quelles que soient les circonstances, il mène de front deux existences parallèles : celle de l’homme de bureau — qui joue parfois un rôle de tout premier plan dans les événements historiques qu’il rapporte au jour le jour avec une acuité qui peut évoquer le Victor Hugo de Choses vues — et celle de l’écrivain qui rencontre André Gide, Henry Miller, Lawrence Durrell, commente Solomos ou Cavafis et publie de minces recueils qui permettront à la poésie grecque moderne de rivaliser avec celle de ses maîtres, Paul Valéry ou T. S. Eliot. La hauteur de vues, la lucidité et la probité dont il fait preuve, pendant toutes ces années, font de ce témoignage pour mémoire un monument sans équivalent dans son siècle et son pays d’origine. Et qui justifie d’autant, a posteriori, que lui soit attribué, en octobre 1963, le prix Nobel de littérature, pour la première fois décerné à un écrivain grec.

 

L’édition grecque du journal compte neuf volumes, dont les premiers paraissent trois années après la mort de Séféris survenue en 1971, et le tout dernier en 2019. Denis Kohler en avait traduit en français des pages choisies au Mercure de France en 1988. Mais cette traduction pour la première fois intégrale des quatre premiers volumes (de 1925 à 1944), abondamment annotée, devrait être, pour tous ceux qui s’intéressent à la littérature comme pour ceux que passionne l’histoire de la Grèce et des Balkans, une révélation.

 

Le traducteur 

Pour le Bruit du temps, Gilles Ortlieb a déjà traduit du grec moderne La Femme de Zante de Dyonisos Solomos et Six Nuits sur l ’acropole, l’unique roman de Séféris.

Après avoir publié l’édition complète, bilingue, des poèmes de Zbigniew Herbert, ainsi que ses trois volumes d’essais, le Bruit du temps offre maintenant à ses lecteurs Zbigniew Herbert et la poétique du don, exploration synthétique de son œuvre, de sa biographie et de ses traductions en anglais et en chinois. Cette somme originale est le fruit de la collaboration de chercheurs de trois continents : comparatistes, linguistes, musicologues, spécialistes d’art pictural et de littérature, traducteurs.

Avec leur sensibilité et leurs outils propres et dans un langage intelligible, ils projettent une nouvelle lumière sur un poète et essayiste dont l’écriture vibrante, l’ironie, la plurivocité, l’approche historique et philosophique séduisent des lecteurs internationaux. Ces études fouillées posent le contexte historique de l’Europe du xxe siècle, analysent le processus de création et la vision inédite du totalitarisme de l’auteur.

La perspective du don : don du poème, dédicace qui appelle une signification supplémentaire, démarche esthétique, don de liberté et de pensée, don fait au lecteur, instaurant un lien social et spirituel, enraciné dans une tradition humaniste et retrouvant le rite grec antique, permet de revisiter cette œuvre foisonnante qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Ainsi que le résume l’un des auteurs : « D’un même mouvement, il s’agit de faire un don aux vivants et aux morts une restitution. » L’édition est enrichie de multiples renvois, de dessins de Herbert et de reproductions de tableaux.

Récemment traduit et publié en Pologne, l’ouvrage a été salué comme « un livre important et nécessaire qui complète de manière essentielle les recherches herbertologiques, en élargissant le champ de leur problématique et de leurs perspectives de recherche, et est en outre, une précieuse contribution aux études littéraires ».

Aux lecteurs qui ne connaîtraient pas encore l’œuvre de cet écrivain polonais majeur, ce volume propose une découverte de son univers dans toute son épaisseur intellectuelle et sensuelle. À l’égal de ses maîtres, Eliot et Rilke, Herbert réenchante la littérature, pour qu’elle soit plaisir, réflexion et vecteur de vie.

La Table ronde des Powys

La Table ronde des Powys

Patrick Reumaux

Parution mars 2022

En librairie le 18 mars 2022

Avec cet essai, qui rassemble la plupart des études qu’il a consacrées aux Powys depuis trente ans, Patrick Reumaux entend payer sa dette de lecteur envers le génie d’une famille de grands écrivains anglais, qu’on ne saurait comparer, outre-Manche, qu’aux Brontë. Sa fami- liarité avec l’univers tourmenté des Powys remonte aux années 1970, quand Pierre Leyris lui parla de John Cowper et du roman Ducdame, qu’il avait envie de faire traduire pour sa collection du Mercure de France. Depuis lors, Reumaux s’est fait le passeur de plusieurs œuvres clés des célèbres frères, John Cowper, Theodore Francis et Llewelyn, ainsi que des poèmes de leur sœur Philippa.

Ce qui le frappe d’abord chez les Powys, mis à part leur obsession commune pour les traditions du Dorset, la botanique et l’ornitholo- gie, c’est leur étrangeté radicale, leur goût pour une solitude quasi mys- tique ; une espèce d’individualisme sauvage leur confère, à ses yeux, un sentiment de supériorité : « Il y a un Graal Powys, une solidarité Powys, une essence Powys, différente des autres essences de la race humaine. » Cette distinction de clan reposerait avant tout sur le fait qu’en littérature, comme dans leur vie de « parias », les Powys se sont inscrits en faux contre le courant réaliste. Jamais ils n’auraient pu suivre de près l’école d’un Zola en s’efforçant de décrire, avec objectivité, la vie des hommes « en société » ; ils entretiennent tous des rapports bien

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trop contrariés avec la Vérité. Au fil de leur existence tumultueuse, ils ont noué avec Dieu, comme avec la Nature, une relation complexe, immédiate, sensuelle, rusée, chamanique ou peu s’en faut : « Tous les Powys, à leur façon, sont des prêtres – des prêtres dévoyés, mais des prêtres quand même. »
Une fois admis leur appartenance à une même aristocratie de l’esprit et posées les grandes lois de leur imagination, Reumaux n’en oublie pas de distinguer les Powys entre eux : Theodore Francis (son préféré) et Llewelyn sont pour lui des « négateurs », tandis que leur frère aîné, l’immense John Cowper, de tous, le seul idéaliste, serait plutôt un « dénégateur » épique.

L’un des plus évidents mérites de cet essai, porté par un ton vif et volontiers sarcastique, est d’allier à une vue kaléi- doscopique des œuvres, un petit nombre d’anecdotes, portraits et souvenirs plus personnels, qui racontent aussi, par bribes, la réception en France des livres des Powys depuis les premières parutions dans la NRF de Jean Paulhan, en 1935, jusqu’à celle du dossier « J. C. Powys » dans la revue Plein Champ (1988), sans oublier de louer l’« indispen- sable et introuvable » Cahier Granit (1973).

Les Parias

Les Parias

John Cowper Powys

Parution mars 2022

En librairie le 18 mars 2022

Cette anthologie d’essais des frères Powys emprunte son titre au poème « Le Paria » que William Cowper, leur aïeul par la branche maternelle, écrivit un mois avant sa mort, en 1800 : « Aucune voix divine n’apaisait la tempête, / Aucune lumière ne brillait / Quand, brutalement arra- chés, sans aucune aide / Nous avons péri, chacun seul [...]. » C’est donc sous le signe de la plus inquiétante déréliction que Patrick Reumaux a placé ce volume, dont il est le maître d’œuvre et le traducteur. Les textes métaphysiques des trois frères s’articulent autour d’une sorte de prêche de Theodore Francis intitulé Le Soliloque de l’ermite. Publié à New York en 1916, cette œuvre très personnelle – une des plus grandes réussites stylistiques de l’auteur – n’avait encore jamais été traduite en français. Bien qu’il ne fasse aucune allusion à la guerre qui sévit alors en Europe, T. F. Powys semble avoir écrit là une profession de foi contre les valeurs de son temps : à l’ordre de participer à l’épouvantable vie collective, il oppose la nécessité de la solitude, de même qu’à l’impératif de travailler pour vivre il répond par l’affirmation du pur bonheur qu’on ressent à ne rien faire : « Je me demande si l’on comprendra jamais que le monde n’est pas fait pour le travail, mais pour la joie. » Requis par la Bible, le

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seul livre qui vaille à ses yeux, lui qui ressemblait dans sa jeunesse à Nietzsche ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’écart, partout constatable, entre le plaisir que les hommes tirent du vice et l’ennui considérable que leur inflige chaque bonne action. L’argumentation qu’il déploie dans son monologue s’appuie sur les ressorts rhétoriques du ser- mon, mais sans visée clairement évangélique. Comme l’écrit Reumaux dans La Table ronde des Powys, la démonstra- tion, toujours ironique, devient, chez Theodore, un délire « de la raison pure ». En sorte qu’on en déduit seulement qu’à la différence de Llewelyn il n’est pas athée. Pour le reste, il est difficile de dire si ce païen est chrétien ou si, comme John Cowper, derrière son christianisme, se cache un fond irréductible de paganisme. Le sûr, c’est qu’il habite la Bible comme un inquisiteur diabolique.

Cette confession subversive de Theodore est encadrée par onze plus brefs essais publiés par ses frères dans les mêmes années, le tout constituant une excellente introduction aux thèmes chers aux Powys : l’immersion dans la nature, Dieu, l’art de vivre dans la solitude, la puissance hantée du Dorset ou la malédiction. De Llewelyn, Reumaux a retenu six « vies minuscules », qui font penser à celles qu’écrira, plus tard, Lytton Strachey ; elles sont consacrées à des maudits ayant vécu entre le seizième et le dix-huitième siècle – à savoir trois poètes au destin tragique : Christopher Marlowe, William Cowper, James Thomson ; un botaniste : Nicholas Culpeper ; un graveur du terroir : Thomas Bewick, et un célèbre dandy, à la Brummel : le Beau Nash. John Cowper complète cette galerie par le portrait flamboyant de trois de ses maîtres : Emily Brontë, Nietzsche et Oscar Wilde à quoi Reumaux a ajouté deux essais de portée plus générale, « L’art du discernement » et « Jugement suspendu ». Aussi différents qu’ils soient les uns des autres, tous les textes rassemblés dans ce volume sont moins des démonstrations rationnelles que des plaidoyers véhéments et passionnés pour un art de vivre opposé aux modes contemporaines. Le dernier mot revient à John Cowper : « Comment pourrions-nous vivre sans les grands anarchistes de l’âme, sereins et méprisants, dont la haute imagination inviolable rafraîchit et recrée perpétuellement le monde ? »

 

Le Traducteur

Deux des frères Powys, traduits par Patrick Reumaux sont déjà au catalogue du Bruit du temps : John Cowper, avec Rod- moor (2021), en attendant la réédition de Bois et Pierre prévue l’an prochain, et Theodore Francis, avec la nouvelle Le Pré de la chèvre (2021). La présente anthologie vient illustrer l’essai que le traducteur, Patrick Reumaux, a consacré à cette exception- nelle fratrie d’écrivains sous le titre La Table ronde des Powys (2022).

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