Mémoires poétiques d’une dame d’honneur de l’impératrice Kenreimon-in
Domaine : Japonais

Mémoires poétiques d’une dame d’honneur de l’impératrice Kenreimon-in

Ukyô no Daibu

Traduction du japonais, présentation et notes de Michel Vieillard-Baron

256 pages I 13,5 x 20,5 cm
ISBN 978-2-35873-217-8

24,00€

L’autrice
Ukyô no Daibu est née, vers 1152, sans doute à Kyoto, d’un père calligraphe reconnu et d’une mère issue d’une famille de musiciens. Son frère aîné étant lui-même devenu calligraphe auprès de l’homme le plus puissant de l’État, c’est sans doute celui-ci qui devint le protecteur de la jeune fille et l’introduisit au palais. Elle devint dame d’honneur et, en 1173 entra au service de l’impératrice Kenreimon-in. Calligraphe elle aussi, dès l’âge de 13 ans, elle avait participé et contribué à des réunions poétiques, ou à des concours de poèmes qui lui valurent une certaine reconnaissance en tant que poète, et d’écrire même des waka au nom d’autres personnes qui la sollicitaient.
Pour des raisons inconnues, elle quitte la cour en 1178 et l’on sait peu de choses des vingt années qui suivent : sans doute passées chez sa mère ou ses frères. Au cours de cette période, le clan des Taira, (la famille, à laquelle appartenait l’impératrice Kenreimon-in) est en grande partie anéanti ; Taira no Sukemori, l’homme avec qui elle avait noué une relation passionnée et tumultueuse, se suicide (en 1185) ; quant à Kenreimon-in, elle survit mais entre en religion. En 1196, Ukyô no Daibu est rappelée à la cour, d’abord au service de l’empereur Gotoba, puis, pendant de longues années, auprès de la mère de Gotoba, l’impératrice retirée Shichijô-in. Ce sont sans doute les dames d’honneur de cette impératrice qui furent les premières lectrices des Mémoires poétiques. C’est en tout cas à la demande du compilateur d’une anthologie impériale qu’elle mit en forme, vers 1233, son recueil et choisit le pseudonyme qu’elle souhaitait y attacher. Elle avait alors près de 80 ans. Elle meurt en 1235.


L’œuvre
Les Mémoires poétiques telles que nous les lisons aujourd’hui sont la mise en forme, vers 1233, par Ukyô no Daibu elle-même, de ce qu’elle considérait comme le meilleur, le plus représentatif, le plus émouvant, de sa production poétique (on y compte 359 waka) et de ses mémoires. Ukyô no Daibu avait sans doute, à différentes époques de sa vie, compilé des recueils de ses poèmes, mais aussi écrit ses mémoires, trié sa correspondance. Ce sont ces différents documents qu’elle utilisa pour ce livre qui est donc à la frontière de deux genres qui, dans le Japon d’alors, permettent tous deux à un individu de s›exprimer sans fard : le recueil de poèmes (shû) et les mémoires ou notes datées (nikki). Une première partie du livre (jusqu’au poème 203) relate la splendeur de la cour qu’elle a connue dans sa jeunesse puis le grand amour de sa vie, sa relation à la fois heureuse et douloureuse, avec Taira no Sekumori. Ce sont ses souvenirs les plus anciens, évoqués à travers des poèmes qu’elle introduit par des notes puisées dans ses mémoires. Dans la deuxième partie du livre, les faits sont narrés plus chronologiquement et avec plus de précision. Elle y évoque la guerre civile et la fuite des Taira contraints de quitter la capitale en 1183 ; l’annonce de la mort des frères de Sukemori  ; le dernier échange de lettres entre Ukyô no Daibu et Sukemori ; l’annonce de la mort de Sukemori (en 1185) ; la visite qu’Ukyô no Daibu fit à l’impératrice Kenreimon-in dans le temple où elle s’est retirée ; son pèlerinage à Hiyoshi ; la cérémonie religieuse pour l’anniversaire de la mort de sa mère et celle pour l’anniversaire de la mort de Sukemori. Les Mémoires deviennent alors un témoignage unique et bouleversant sur l’une des périodes les plus violentes et les plus sombres de l’histoire du Japon : la guerre civile qui opposa les guerriers Taira aux Minamoto et se solda par l’élimination presque complète, en 1185, des membres masculins de la famille Taira. Ukyô no Daibu y compose un magnifique requiem destiné à maintenir vivant le souvenir des personnes qu’elle a connues.

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